Cette nuit, leur visage me hante

D’abord il y a eu des images à la télévision des naufrages, des secours en mer et puis celles du parc Maximilien et de ses tentes. Ensuite il y a eu cet appel de la plateforme à ouvrir nos maison pour les mettre à l’abris une nuit ou deux… et tout a coup cette première baffe: ils sont là assis dans mon salon, ceux qui ont fui, ont été torturés et ont vécu l’enfer de la libye…avec leurs marques et blessures sur le corps et dans leur esprit. Il y a ceux qui me montrent des images de leur sauverage en mer. Ceux qui racontent leurs amis morts sur la route de l’exil. Il y a eu les arrestations, les visites en centre fermé, la recherche effrénée d’avocats, les visites en prison maintenant et le suivi du procès à venir. Il y a eu les passages en Uk, les statuts de réfugié obtenus de ci de là et la joie qui en résulte. Il y a eu les visites en UK, en Allemagne pour revoir ces amis chers à mon coeur… il y a eu ces dublinés renvoyés dans leur premier pays d’entrée dans l’UE et qu’on est encore allé voir en centre fermé la veille de leur expulsion… il y a eu tous ces combats contre l’absurdité et l’inhumanité de nos politiques d’accueil…
Il y a l’accueil qui continue encore et encore, les secours en mer qui sont criminalisés par les bien pensants, ceux qui brandissent et utilisent la peur de l’autre comme programme politique.
Et Aujourd’hui il y a une image qui me hante, l’image de deux fillettes, Enfants de mon ami Samir, noyées au large des côtes libyennes avec leur maman… ces morts ont deux visages, ne sont plus des anonymes, sont les filles et l’ex femme d’un ami très cher à mon coeur. Cette nuit, leur visage me hante, le coeur d’un père saigne et je suis si loin de lui pour partager un peu de cette peine avec lui, mon ami, mon fils…Samir.