Vie ‘réussie’? Or ‘catastrophic attraction’?


« Je reviens de Birmingham et Londres.
D qui a ses papiers est à la rue (mais c’est provisoire, me dit-il, le temps que Charity lui donne un logement). N fume de l’herbe pour tuer le temps (j’espère que ce ne sera pas lui). M qui va recevoir une belle chambre et a une jolie petite amie, me dit que  » life is better », mais aussi plus tard:  » UK is always stress, stress, and stress ». E vit dans un taudis (selon mes critères) mais est content. D, N et M ont obtenu l’asile pour 5 ans. E doit repasser une interview. Mais sa soeur est là depuis plus de 10 ans et y vit bien. Un ami de D, là-bas depuis 12 ans, me dit: « I have a job in construction. It is hard… The life in UK is not so bad »…
Quelles sont les statistiques de vie « réussie » pour eux? J’en serais curieuse » – Valérie VL, via la Plateforme

Taëlle Man (28/6)
« Good bye Uk, Londres, j’ai fini de t’aimer.
De douces retrouvailles, comme une parenthèse enchantée, n’ont pas suffit à cacher l’indicible peur qui les ronge, la solitude qui les abat, la précarité, les clivages, la lutte éreintante et la haine qui annihilent le peu d’estime de soi qu’il leur restait. L’indignité, l’inhumanité et un racisme décomplexé leur explosent à la gueule. Bravement, ils tentent de résister, parfois en se cachant, en se murant ou enfouis sous leur couette, souvent dans le silence, tant que faire se peut et à en perdre parfois la raison.
Ce qui peut sembler merveilleux dans la royale Angleterre, c’est la mixité et la diversité. Ce qui tue, c’est cette société clivée où le chacun pour soi devient la norme au sein même de leur propre communauté, et leur seul moyen de résistance.
Je n’ai trouvé de répit qu’à Manchester et Birmingham.
Je repars, comme chaque fois, le coeur rempli de leur amour mais les tripes nouées. Pourtant je sais que pour certains c’est probablement leur seule chance de trouver asile en Europe.
Je reviens avec pour lourd bagage ce terrible dernier message :
‘Thank you so much for helping refugees. I would like to share refugees living condition so that might help others not to risk their lives just to get here in UK.
If you can help to stop this catastrophic attraction to UK,
you would safe lives. I have my documents but I am mentally and physically destroyed.’
Maiwand, from Afghanistan »