Fil à fil, histoire de solidarité après histoire de solidarité, et malgré la fatigue qui vnous gagne parfois, vnous tissons une trame qui ne se rompra pas.

Aujourd’hui est une belle journée.
Dehors le soleil perce les nuages chassés par le vent qui souffle à pleins poumons.

En haut, ma fille donne un cours de français un peu hasardeux à T., 17 ans, la soif d’apprendre vissée au corps. Il s’applique en tirant la langue, sous le regard sourcilleux de son professeur en herbe.

Ce matin, j’ai trouvé grâce à vnous un rendez vous chez un psy arabophone pour mon ami M, mon frère. Cela fait un an que nous dansons M et moi une étrange danse du renard et du petit prince. Il a perdu au fil des 6 années de son errance la confiance dans le genre humain. Hier il m’a demandé de lui trouver un psy et j’ai eu peur de ne pas y arriver. Je lui ai envoyé un message pour lui annoncer le rendez vous et il m’a répondu « That’s good ». Oui, c’est bien. Un premier pas peut-être Incha Allah vers une vie où il pourra de nouveau être heureux et laisser son regard s’accrocher au mien.

Un peu plus tôt, j’ai finalement réussi à localiser Z dans une petite ville allemande grâce à des citoyens solidaires et un avocat un rien têtu. 5 semaines qu’on le cherchait. Z voulait pourtant demander l’asile en Belgique. Il était prêt. Mais 10 nuits d’attente devant l’Office des étrangers fermée ont eu raison de sa conviction. Il m’a dit : « la Belgique ne veut pas de moi » et Il est parti en chance. Il est monté dans un camion roulant vers l’Est. Le chauffeur a refusé de le laisser sortir trois jours durant. Il gelait. Les pieds de Z ont gelés deux fois d’affilée. Il est à l’hôpital. Ils vont devoir l’opérer. Deux pieds gelés mais vivant. J’irai le voir le week-end prochain.

Ce midi, le médecin nous a annoncé à S., 17 ans, et moi que tout allait bien. Il l’a félicité de se battre si bien contre la tuberculose péritonéale qui a bien failli le tuer. « Tout ira bien » a dit le médecin en blouse blanche à mon gamin apeuré. Le médecin a écrit « annulé » sur le papier de consultation pour que je n’ai pas à payer. S et moi nous avons pleuré dans le couloir de l’hôpital. « Tout ira bien » avons nous répété comme un mantra, lui dans mes bras, moi dans les siens. De retour à la maison il a téléphoné à sa maman.

Une heure après, mon téléphone sonnait. Un numéro inconnu mais une voix que je connais bien mais que je n’avais plus entendue depuis plusieurs jours. C’était O. qui a passé les derniers jours dans une cellule en Hollande. Pas moyen de le retrouver ni de le contacter, malgré la dizaine de personnes que j’ai contactées sur place et qui ont tout retourné là-bas pour me le retrouver. Inexplicablement, il a été relâché cette nuit. L’arbitraire de nos politiques migratoires joue parfois aussi dans le bon sens.

Je m’assieds sur le pas de ma porte. Je laisse le vent me gifler en profitant du rayon de soleil perdu dans l’aventure.
Aujourd’hui est une belle journée.

Il se met à pleuvoir à grosses gouttes. Oui, je sais. Demain aura son lot de peurs et de violences, demain sera tout aussi arbitraire qu’hier. Mais, fil à fil, histoire de solidarité après histoire de solidarité, et malgré la fatigue qui vnous gagne parfois, vnous tissons une trame qui ne se rompra pas. Une trame comme un filet qui empêchera les plus fragiles de tomber et d’être piétinés, qu’ils soient noirs et sans papiers ou blancs et sans travail, sans domicile, ou sans argent.

Demain sera une belle journée.
En attendant, je vais aller dormir un peu 🙃