On garde des limites, il le faut, mais elles reculent :-D

06/02/2018 …

Il fait froid, il pleut … ce matin nous avons décidé de passer le cap, de passer outre nos appréhensions et nos peurs …

La semaine précédente nous avions été chauffeurs pour la première fois.

En arrivant au parc, tous ces mots entendus depuis des semaines « Parc Maximilien, migrants, attente, froid … » sont devenus « des humains sont dehors dans le calme et la résignation, plein d’espoir ils attendent un lit pour ce soir ».

Nous sommes passés devant le parc et j’ai demandé à Pierre de ne pas s’arrêter, je pleurais. La seule chose que j’avais vu en arrivant devant le parc, c’étaient des regards, j’ai été tétanisée, ce sont des HUMAINS ! Des humains bordel, pas des mots !

Premier contact avec les White Jackets (bénévoles de la plateforme), première attente etc etc … les humains nous regardent en souriant, dans l’espoir de monter dans notre carrosse. La bénévole nous envoie les 5 personnes attendues et nous prenons la route, un peu tendus … Dans la voiture, nous avons des gaufres, des dattes et de l’eau. « Hello, we go to your family, if you want something take it « , je pense que c’est tout ce que nous avons dit 😉 et en échange, brillant dans l’obscurité, le rétroviseur nous renvoie 5 grands sourires!
Bon, le gps se plante, on se retrouve sur les quais, on voit des policiers en civil arrêter une voiture, on essaye d’en rire pour ne pas stresser et en fin de compte, nous finissons par arriver dans les familles. L’accueil réservé par celles-ci nous touche profondément. Une fois rentrés, il nous faut digérer cette expérience, nous restons assis de longues minutes …

Les jours passent …

Et puis un matin …Il fait froid, il pleut … ce matin nous avons décidé de passer le cap, de passer outre nos appréhensions et nos peurs …

Je me connecte et cherche un chauffeur pour nous amener 2 personnes ce soir et un pour les reconduire au parc demain matin … Je veux que tout soit booké (à cette époque de ma vie, je n’imagine pas encore un seul instant que j’allais devoir lâcher du lest sur le côté « j’aime pas les imprévus » :-D)

Toute la journée, le stress … Qui va arriver à la maison ? Que va t’on se dire ? Dois-je faire à manger ? Et pour les toilettes, comment on fait ? Les sardines, et les oeufs je les ai ? Et si ils sont malades et la gale ? Fait-il assez chaud dans la maison ? Et Célestine ? 2500 questions et aucune réponse 😀

20h00 le chauffeur m’appelle … « C’est ton premier hébergement ? Combien de nuit ?  » Et moi … « Euh … Oui et 1 seule nuit hein et j’ai un chien, dis bien que j’ai un chien, parfois je sais qu’ils ont peur ».

Le docteur arrive à la maison avec S. vers 21h30-22h si je me souviens bien … Le docteur ? Oui, Dr O. <3 Hier je lui ai envoyé un message pour lui rappeler ce moment « 1 an O., 1 an que tu as débarqué chez nous, tu étais notre premier accueil !  » Il est maintenant loin de nous et a obtenu son précieux sésame pour entamer une vie nouvelle <3.
Il est entré dans la maison et « Bambiiiino », voilà, Célestine avait fait le lien <3

Ensuite, comme pour beaucoup de familles, tout s’enchaîne : on a des convictions profondes : on héberge le vendredi seulement 1 nuit et 2 personnes, sans attache … puis et bien … comment dire ? 😀 On garde des limites, il le faut, mais elles reculent 😀

F et A entrent dans nos vies, on s’attache à ces 2 garçons, l’un est plutôt réservé et l’autre irradie la maison de son sourire et de ses chansons (Stromae en particulier) … ils amènent des amis et on avance comme cela : semaine, weekend … pause pour le CEB de Célestine … Entre temps nous avons « perdu » A qui est passé outre-Manche (my sunny son apporte ses rayons de soleil à ce triste pays pluvieux). F, lui change de réseau de familles, difficile pour nous mais c’est son choix … cela ouvre la porte à un autre F qui arrive avec E et plus tard Y …

Au fil du temps, Y devient un petit bout de notre famille, chaque weekend il est là 🙂 Jusqu’à ce qu’il prenne la décision de tenter l’aventure belge plutôt qu’anglaise … Nous l’accompagnons aujourd’hui dans ce sens <3.

Et ce premier anniversaire se fait sans hébergement … nous faisons une pause, nécessaire pour notre équilibre familial, mais aussi pour notre qualité d’hébergement. Il est impératif lorsque l’on ouvre sa porte de se sentir capable d’aider dans de bonnes conditions. Nous devons penser à nous pour ne pas perdre la foi dans ce que nous faisons, pour ne pas être débordés émotionnellement. Alors oui, cette pause est difficile, car se couper de l’humain est impossible !

Et puis, il y a la Plateforme, les messages, les copains, les amis, les petits messages des UK Boys, les messages des centres fermés (bon là pour se couper de ça impossible, donc pause dans la pause), les souvenirs …

1 an …

06/02/2019