Il m’appelle Mazou…

Partage d’émotions.
Saint-Nicolas a offert un voyage réussi à mon ami S. Le lendemain, jour de mon anniversaire, S foulait le sol anglais.
S est mon tout premier amigrant. Il est le premier avec qui j’ai échangé quelques mots un soir où avec plusieurs solidaires nous sommes venus voir qui étaient ces « dangereux qui zonaient à la gare et que si la police n’intervenait pas, il faudrait se charger du nettoyage »

Il est une des raisons pour laquelle j’ai mis sur pied avec d’autres solidaires un collectif qui sert depuis le mois de septembre des repas tous les soirs aux « transmigrants » de passage chez nous.
S restera dans mon cœur à sa place privilégiée mais il y a d’autres S et puis des I, des T, des E … et tous ces garçons et filles qui passent pour quelques jours ou quelques heures,

“En venant à la gare pour cette première distribution de thé chaud et sucré et d’un peu de pain, des sardines à l’huile, je savais que j’allais me prendre une claque.
Cela faisait des mois que je lisais les témoignages émouvants des hébergeurs, des amies me partageaient.
Je connais ma sensibilité à fleur de peau et je sais que la mère poule allait ouvrir ses ailes et y glisser une tripotée de poussins en plus.
Ce soir là, ils étaient une dizaine, des garçons, des grands ados … peau chocolat, moral en berne et un regard qui transpirait la crainte, le mal être …
Mon regard a été capté par la présence de S …
Qu’avait’ il de plus ? De moins ? De différent ? Rien je pense. C’était lui.

Un de mes coups de foudre amical … un signe du destin. Je lui ai souri et nous avons entrelacé nos destins … allez savoir. Nous avons découvert que nous pouvions communiquer en allemand. Les ruines de mon allemand scolaire et son allemand de suisse mâtiné de tigrinia se sont accordés.

Plus tard il est venu à la maison, prendre un thé, une douche. Une parenthèse hors du temps, hors des ennuis ..
Il s’est endormi … confiant.
Il a dormi comme un enfant.
Il a émergé souriant.
Il est revenu, on a pris du temps.
De s’asseoir, d’échanger.
Ces fragments de vie
Sont la trame de liens intenses

Il m’appelle Mazou…
Sa façon de dire Mother
Il dit bisou-bisou
Sa façon de dire Merci
il me fait confiance…

Hier soir, quand je l’ai vu partir .., j’ai été submergée de tristesse… je sais que c’est son rêve, que je suis un jalon qui compte mais un jalon sur une route que tu as tracé.

“Suis tes rêves … ils savent où ils vont !”
Et s’ils ne te mènent nulle part … la porte est toujours ouverte.

Je savais que je me prendrais une claque … là voilà… on se connaît depuis un mois … et je sais que je n’oublierai pas. »

4 mois après notre rencontre, je sais que je n’oublierai jamais.
48 heures après son coup de fil, Mazou I am in Manchester.
En relisant et en terminant ce récit, de grosses larmes coulent encore.
La joie de le savoir au bout de sa route.
La tristesse de ne plus le voir
Le coeur sur la main pour S … et tous les autres
Le poing levé pour ne pas arrêter le combat …