Un an.. cela fait aujourd'hui un an

Un an... Cela fait aujourd'hui un an que je suis entré dans une incroyable odyssée solidaire et humaniste, un an que j'ai ouvert ma porte à de parfaits inconnus qui, depuis, constituent, je le dis avec beaucoup d'émotion, une famille élargie, avec laquelle chaque jour, j'ai créé des liens uniques, inattendus, et ô combien enrichissants.
Un an, cela fait un an que, selon certains, je vivrais dans un monde de bisounours, et aurais des tendances bobo-gauchistes, je serais même en train de détruire notre économie, de saccager nos privilèges d'Européens nantis. Qu'à cela ne tienne, plus j'avance et plus je suis convaincu du contraire, tant la plupart d'entre eux m'ont démontré, chacun à leur manière, leur inébranlable volonté non pas tant que s'intégrer, que de rejoindre notre société et d'y participer activement.
Un an, cela fait un an que presque chaque soir, je découvre leurs blessures, qu'ils tentent pourtant de dissimuler derrière les plus beaux sourires (quand il ne les cachent pas tout simplement sous leurs draps, faussement concentrés sur leurs portables à regarder pour la énième fois les mêmes clips vidéos).
Un an, cela fait un an que, presque chaque soir, je refais le monde à leurs côtés, évoquant cet élan de solidarité qui semble tellement les surprendre, imaginant avec eux ce que serait le monde si les frontières s'ouvraient et si, à l'instar des marchandises, les personnes pouvaient circuler librement. L'émotion me monte au nez en repensant au jeune A. qui avant-hier recopiait le texte de sa chanson préférée sur une petite feuille qu'il garde précieusement sur lui quand il tente sa chance:
"Imagine there's no countries
It isn't hard to do
Nothing to kill or die for
And no religion, too
Imagine all the people
Living life in peace..."
Un an, cela fait un an que, presque chaque soir, je m'étonne de les voir prier, adorer et s'en remettre à leur Dieu, (Inchallah est comme une ponctuation dans leurs messages les plus courts) tout en acceptant (je dis bien acceptant et non tolérant) mon homosexualité, pourtant si éloignée de leurs repères.
Un an, cela fait un an que je les vois revenir épuisés, amaigris, découragés, parfois désespérés, au point de s'enfermer dans les toilettes pour cacher leurs larmes avant d'en ressortir tout sourire et de me taper sur l'épaule en me rassurant "everything ok, bro!", tandis que mon coeur brûle de l'envie de les protéger, les guider ou simplement les entourer comme un père.
Un an, cela fait juste un an que j'ai quand même un peu honte de mon pays qui voit des violences policières envers des ados devenir quotidiennes, des humiliations qui devraient pourtant réveiller notre mémoire et nous faire craindre un retour aux pires heures de notre histoire moderne, tout cela être noyé dans un silence et un immobilisme glacés.
Un an, cela fait un an que je partage mon vécu d'hébergeur, et qu'à cet égard, je sens parfois chez mes proches une forme d'agacement teinté peut-être d'un peu de gêne ou de culpabilité, au point que j'ai parfois l'envie de poursuivre en silence et de me taire. Je ne cherche en aucun cas à donner de leçon, mais il m'arrive de penser que mes partages donnent cette impression à celles et ceux qui ne s'impliquent pas...
Un an, cela fait un an qu'au contraire, je me sens relié à des dizaine de personnes, surtout des femmes, rendons-leurs cet hommage, qui ont choisi aussi d'ouvrir leur porte et leur coeur (ça y est encore le bisounours qui refait surface!).
Un an, cela fait un an que je questionne mes motivations, afin de ne pas sombrer dans l'épuisement comme j'ai pu le voir chez certaines (j'utilise à nouveau consciemment le féminin, elles me comprendront).

Bref, oui parce que je pourrais continuer longtemps, j'avais envie de terminer en rendant hommage à tous ceux (et celle) qui ont traversés ma vie pour reconstruire la leur et concrétiser leurs rêves:
A mes amis, donc, avec tout l'espoir, la gratitude et la tendresse que je leur voue.