Alors à l’avenir, nous serons heureux ou inquiets pour toi parce que tu n’es plus un étranger.

Tu nous remercies de t’avoir nourri, logé, véhiculé, une fois ou d’avantage.
Tu vas jusqu’à nous nous honorer d’être un peu ta famille.
Pourtant, nous avons si peu fait.
Nous sommes juste une halte sur ton chemin. Et quel chemin !
Fuyant la peur ou la misère malgré les risques pour ta vie que tu n’ignorais plus, tu es arrivé chez nous.
Nous avons des cœurs et des mains de pères et de mères ou d’amis et nous pouvions entrevoir dans quelle angoisse tu vis et vivent les tiens.
Alors dis à tes parents, que je voudrais les féliciter. Ils t’ont donné ce qui fait de toi ce que tu es, ce que tu espères et ce que tu oses.
Dis-leur et à tes amis, qu’en Europe, il y a des pays où l’on vit bien et en paix. Mais ça ils le savent déjà.
Mais dis-leur aussi que toute cette chance, beaucoup de gens de ces pays ne savent pas qu’ils l’ont ou bien ils ont peur de la perdre.
Alors dis-leur qu’il y a en Europe des gens qui aboient aux frontières mais aussi à l’intérieur.
Dis-leur que les gouvernements de ces pays se servent de votre venue pour faire peur parce que vous êtes étrangers et que celui qui est différent dérange surtout s’il est démuni.
Et dis encore qu’ils sont de plus en plus nombreux à aboyer de plus en plus fort.
Si tu veux, dis-leur qu’il y a malgré tout des gens différents qui tentent de vous protéger mais qu’eux sont minoritaires et finissent par se sentir étrangers dans leur famille, parmi leurs amis, dans leur propre pays.
Par hasard tu es donc arrivé chez nous. Dans la vie, il a des rencontres improbables et particulières.
Alors à l’avenir, nous serons heureux ou inquiets pour toi parce que tu n’es plus un étranger.
Quand tu auras trouvé l’endroit où l’on acceptera que tu déposes ton baluchon et où tu espéreras te construire un avenir, dis-le leur … et dis-le nous.
Et si tu en as encore le courage, ne cache rien ni à eux, ni à nous.