Ils ont tant de choses à nous ré-apprendre, à nous les consommateurs, les accumulateurs, même si on veille à ne pas l'être trop.

Envie d'être positive aujourd'hui. Regards sur de beaux moments. Notre voisine de 80 ans est juive, ouverte, progressiste. Elle a été réfugiée pendant la seconde guerre mondiale et se montre pleine de compassion et d'intérêt pour les gamins qui défilent chez nous. A notre régulier du week-end, elle a proposé un petit job bien payé: nettoyer sa terrasse. Quand elle nous le ramène, elle évoque leur conversation. Elle a entendu et découvert le parcours douloureux de notre ami sierra-léonais. Elle lui a raconté qu'elle a été une petite réfugiée sur les routes de France, puis assignée à résidence avec sa mère, que son père est mort en déportation. Transmission au-delà des époques et des cultures. Si les peuples entretenaient leur mémoire, tout se passerait mieux sur terre. Là,il s'est passé quelque chose. On sent une complicité entre eux. Un autre petit job attendra G le week-end prochain. Autre registre réjouissant: le détachement de nos amis, leur frugalité. H vient avec moi visiter A à l'hôpital. On passe chez le Paki à côté de St Pierre. Je prends 3 bouteilles d'une affreuse boisson brune qu'adore A. H en remet 2 en rayon en disant qu'une suffit. Idem pour les bananes: 3 et c'est bon. Pour lui, il achète 5 cigarettes. Pourquoi prendre plus et trop, en-dehors des moyens financiers? C'est bon pour l'instant...
Quand on fait les courses, jamais ils ne demandent quelque chose. Il faut insister pour savoir ce qui leur ferait plaisir.
Leur sens du partage, réjouissant. Rituel de midi: A coupe 2 tomates en tout petits morceaux, les assaisonne, un rien. Puis me tend son assiette et me donne une part de sa salade. Il me propose de partager tout ce qu'il prend. Un jour, je le rejoins au parc. Un repas vient d'être distribué: il me tend une orange, un berlingot de lait. Impossible de refuser. Certains sont arrivés trop tard. Ceux qui ont été servis partagent tout de suite en 2, en 3, en 4...Ils ont tant de choses à nous ré-apprendre, à nous les consommateurs, les accumulateurs, même si on veille à ne pas l'être trop. Un soir, avec quatre amis, on ramène le van au hub après une pause à l'Uzinne. Dehors il tombe des cordes. Je constate que je n'ai ni veste, ni parapluie. Le grand costaud de S refuse que je quitte le hub sans avoir pris une "jacket" dans les réserves. Je n'y avais même pas pensé.
Je souhaite de tout coeur que nous ne les "gâchions" pas. Ils sont tellement magnifiques de générosité et d'attention (bon, pas tous bien sûr, pas de bisounnourseries ici). Il faut et il faudra se rappeler ces gestes, ces moments. Ils mettent du baume au coeur quand celui-ci en a besoin, non?