Alors sans crier gare, tous les souvenirs reviennent et débordent

Rarement retournée comme aujourd’hui.
Quand au cœur d’un deuxième Week-end avec lui, il se retrouve pour la première fois seul, son compatriote parti vers d’autres rencontres, et que tout à coup, une grosse soupe de lentilles lui rappelle le pays et que la coupe déborde.
Alors sans crier gare, tous les souvenirs reviennent et débordent : le départ d’Ethiopie à 3 et la traversée du Sahara ou le 9ème jour, l’un des 3 succombe ; l’arrivée en Lybie et la première séquestration par un groupe mafieux durant 3 mois, la « libération » dépouillé de toutes ses économies ; la seconde capture en Lybie et l’esclavage durant 4 mois ; les mauvais traitements, la soif, la faim, les brûlures au fer rouge, les coups de couteau et les coups tout court ; les 3 jours en mer dans un canot pneumatique et les 3 jours suivants sur un bateau sauveteur espagnol ; l’arrivée en Sicile et la prise d’empreintes « by force », les 2 jours de bus jusqu’au camp de la Croix-Rouge à Milano où l’on dort à 200 par dortoir ; la fuite à travers la France ; la jungle de Calais ; le parc Maximilien ; Vottem durant 2 mois ; l’expulsion vers l’Italie ; Milan seul la nuit ; repassage en France et le retour en Belgique avec toujours le même espoir d’un jour trouver un pays où il aura le droit de vivre.
Et moi, toute à traduire pour ma fille de 14 ans qui voulait comprendre, j’encaisse sa souffrance et je regarde ce grand gaillard toujours souriant, serviable, cuistot hors-pair. Tout ce que je parviens à lui proposer, c’est… une partie de babyfoot ! Il y a des jours où je me sens particulièrement désarmée !
Alors voilà, Comme Anne-Catherine, je sais pourquoi je serai là ce soir !