Merci à tous d’être là armé de cette volonté de rendre le monde plus humain.

Reçu ce matin à 7h. We are in garden waiting for you… J’aime comme ils disent encore  »garden ». Quelle poésie. On y verrait presque des fleurs des oiseaux et des balançoires.. Le temps de déposer les enfants à l’école je pars chercher 2 de mes habitués. No chance. Ils ont passé la nuit dehors. Épuisés. Je les ramène à la maison. On partage un café avec mes hébergés du week-end qui se réveillent… E arrivé tard hier soir et J qui est là depuis 4 jours cèdent leur lit aux nouveauw arrivés. Ça fait longtemps que je ne change plus les draps à chaque fois.. Mais là les lits sont encore carrément chauds… Utilisation optimum en 24/24… Ça fait plus de 3 mois qu’on heberge. Il y a eu bcp de rires. Des larmes aussi les premières fois en les redéposant au parc. Des larmes de joie à chaque message reçu de l’Angleterre. Il y a des habitués qui reviennent. Ils m’amènent des petits nouveaux. Il y en a juste de passage pour une nuit. Il y a ceux qui gardent le contact et avec qui j’échange quand ils ont du temps à tuer sur le WiFi de la gare du nord. Il y a H que ma fille adore. H qui lui amène des chocolats et la gave de dessins animés sur son smartphone. Il y a J qui ne parle pas mais qui vient souvent ses sourires sont rares mais valent de l’or. Ses cheveux poussent et son regard s’éteint. Il y a A éternel optimiste qui ponctue une phrase sur 2 d’un joyeux London inch allah. Il y a E le sage déterminé dont l’anglais permet de longs échanges. Il y en a beaucoup. Tellement. Je m’attache à leur joie de vivre. Je m’attache à leurs silences. On heberge 3-4 soirs par semaine.. La c’est non stop depuis mardi dernier. Les casseroles s’entassent dans l’évier les machines tournent toutes les nuits. Il y a des piles de vêtements de rechange du pain des œufs de la harissa. Le tabac dans le petit meuble de la véranda et on fume sur la terrasse. 1 kg de sucre par semaine et 2 paquets de café. Je ne fais qu’un trajet au parc par jour. Sinon c’est le bus. La maison est un joyeux bordel permanent…. Et pourtant.. Je sens que je ne tiendrai pas dans la durée. On a commencé gonflé d’idéalisme d’humanité. Offrir un toit et un peu de chaleur humaine. Les enfants ont dessiné de grands cœurs et manifesté joyeusement dans les rues de Bruxelles. On a pris des photos sous l’atomium avec nos invités fait des batailles de boule de neige testé la cuisine éthiopienne soudanaise. Récolté des GSM usagés auprès des copains téléphoné aux centres fermés quand il en manquait un à l’appel. Avant mes enfants jouaient à la police qui attrapait les méchants voleurs.. Dans leur jeux actuels les réfugiés sont les gentils traqués par une police sans coeur. Et je m’inquiète de cette vision du monde. Avec le temps qui passe je fatigue… Ce manque de perspective. Cette Angleterre inaccessible et cette Europe qui les traque. Je ressens l’impasse. La désillusion. Ces hommes pour certains si jeunes à qui on coupe les ailes. Ces yeux brillants de rêves d’un monde meilleur gonflés de fatigue des nuits passées dehors. Ces pères de famille qui ne demandent qu’à travailler. Je me sens impuissante. C’est pour eux que c’est dur. Je sais. Mais je me sens comme un petit sparadrap sur une plaie ouverte que personne ne soignera. Je tiendrai encore 1 semaine… 1 mois… 3 mois… Et après ? Il y a tellement à gagner à leur offrir l’accueil qu’ils méritent la protection dont ils ont besoin les boulots dont ils rêvent… Juste une vie libre…. Mes enfants qui s’essaient à l’arabe et leur apprennent le français mes enfants et leurs questions débordantes de spontanéité et leur réponses d’une évidence implacable l’ont compris depuis longtemps.
Juste besoin de lâcher aujourd’hui désolée. . La semaine passée a été dure. Merci à tous d’être là armé de cette volonté de rendre le monde plus humain.