Le seul risque que je prends c’est juste celui d’être touchée, de m’attacher à leurs sourires, à leurs regards, à leurs personnalités, le risque de m’inquiéter pour eux.

7-14-21 Je viens de vérifier : mon premier hébergement était il y a tout pile 21 jours.
Depuis, j’ai accueilli durant 14 nuitées 7 invités différents. Autant de belles rencontres et de soleils dans la maison ! 7 p’tits gars très différents les uns des autres, ayant entre 17 et 26 ans, venant du Tchad, du Soudan, d’Éthiopie et d’Érythrée.

« Rholala, fais attention quand même Martine » me disent quelques personnes dans mon entourage. « Tu ne les connais pas, il pourrait t’arriver quelque chose ! »

Alors mettons les choses au clair : suis-je en danger ?
Pour répondre à cette question, voyons donc ce qui s’est passé chez moi durant leur présence.

Ils ont dormi dans le salon, beaucoup dormi. Ils sont restés au chaud. ils ont mangé, bu, fait leur toilette,lavé leurs vêtements. Jusque là, ça va pour moi, merci. Et pour eux, ben rien que des besoins physiologiques élémentaires satisfaits, des besoins indispensables à la survie.

Ils se sont sentis en sécurité, autre besoin fondamental. Grâce à ça, ils ont pu se poser, se détendre et reprendre des forces. Toujours nulle trace de danger pour moi, merci.

Ils ont fait exploser mon forfait internet en communiquant avec leurs familles et leurs amis. Car ben oui, de nombreuses personnes s’inquiètent pour eux, se demandent où ils sont et comment ils vont.
Ils ont écouté à fond les ballons des musiques qu’ils aiment. Deux d’entre eux ont passé des heures à danser dans mon salon.
Certains, par bribes, m’ont parlé de leur parcours, de ce qu’ils faisaient avant de quitter leur pays, des raisons de leur départ, de ce par quoi ils sont passés avant d’arriver ici (et là je répète, c’est bien EUX qui ont besoin de sécurité), de leurs projets (systématiquement, pour chacun d’entre eux, le premier projet exprimé est celui de rester en vie (!!), suivi de près par « retourner vivre dans mon pays dès que la situation sur place le permettra »).
Ils ont joué, entre eux ou avec moi : batailles de boules de neige jusque dans la maison, foot, « ne t’en fais pas », mikado.
Ils m’ont fait des blagues.
Ils m’ont accueillie chez moi lorsque je rentrais du boulot « Assieds-toi Martine, je te fais une tasse du thé ».
L’un ou l’autre a cuisiné.
Ils ont fait la vaisselle, veillé à ne pas être une charge, se sont empressés de m’aider à porter les courses, à ranger, à nettoyer.

L’un d’eux a adoré notre gare des Guillemins et le point de vue sur la ville depuis Cointe, me remerciant au retour de lui avoir fait voir de belles choses ce jour-là « parce que tu sais, Martine, nous on est tout le temps avec nos problèmes et nos questions dans nos têtes : comment je vais trouver à manger aujourd’hui ?, où est-ce que je vais dormir ?, comment être en sécurité ?… Alors on n’arrive même plus à voir qu’il y a des belles choses autour de nous. Même si ça n’a été que quelques minutes, ça me fait beaucoup de bien ».

Deux d’entre eux m’ont accompagnée à une fête pour l’anniversaire d’une amie. Ils y ont ri et dansé. Et ils y ont rencontré pas mal de gens qui leur ont ou m’ont posé des questions et qui ont pris conscience que c’était de p’tits gars comme eux dont il s’agit quand les médias nous parlent de ces horribles migrants qui viennent nous envahir et qui veulent tous venir chez nous.

Ils ont ri de plaisir quand je les ai embrassé pour leur souhaiter une bonne nuit, ils m’ont pris dans leurs bras pour me dire au revoir.

Ils m’ont exprimé leur gratitude vis-à-vis de moi et des Belges qui sont si bienveillants à leur égard.

Alors reprenons : suis-je en danger ?
La réponse est NON. Absolument et définitivement non !
Le seul risque que je prends c’est juste celui d’être touchée, de m’attacher à leurs sourires, à leurs regards, à leurs personnalités, le risque de m’inquiéter pour eux.

Et ce risque-là, je le prends avec plaisir. Vraiment. Et je vais bien, merci !