Pourtant il est grand temps de crier ce qu’il se passe ici. Dans ce grand silence assourdissant. Qui s’appelle

Aller visiter un gamin, devenu un ami, un frère en centre fermé c’est déjà très dur. Le début de l’heure de visite, c’est la joie de se retrouver. On parle le mieux mais surtout le plus vite possible de ce qui est important. Une heure c’est super court. Surtout une fois par semaine. Puis du reste. Les projets les envies. Retour à la réalité. L’heure se termine. Les regards se croisent d’une table à l’autre. Lourds. Un peu mouillés. Déjà? Oui les gardiens sont plus présents. On se serre dans les bras. On serre d’autres mains. L’ami d’une autre amie. Un genre de panique émotionnelle mais nous devenons résilients… les mains se serrent une dernière fois. I call you…
On sort. Coeurs lourds. Yeux mouillés. Dignes. Comme eux. Et là…. une petite fille dans les bras de sa maman. Elle pleure. Elle crie « papa papa papa. » Nous étions 6 femmes et un monsieur de la plateforme à venir voir nos frères. Nos coeurs lourds craquent sous les cris de cette petite fille. 5 femmes de 3 générations. Les cris de cette petite fille. La détresse de sa maman. Nous craquons. Je vais vers elles. Les serre dans mes bras. Nos larmes se mélangent. Courage… Cette famille de l’est est apparemment totalement intégrée, les enfants parlent flamands. Le gamin commence aussi à pleurer. En silence.
Ce silence assourdissant des gens qui souffrent tellement qu’ils n’ont même plus la force de crier.
Pourtant il est grand temps de crier ce qu’il se passe ici. Dans ce grand silence assourdissant. Qui s’appelle l’indifférence.
Caroline💔