Ce sont des enfants et, dans notre pays en tout cas, nous en sommes responsables.

Un de mes élèves, appelons-le D., c’est la première lettre de son prénom.
Déjà, rien que ça… son prénom : il chante ce prénom, autant que l’accent sénégalais de celui qui le porte, il joue du tam tam ce prénom, il virevolte dans des effluves de poissons frits et de riz parfumé, il fait des ricochets sur des petites têtes pleines de nattes et vient se coller sur son petit visage plein de dents tellement il sourit.
Il est vraiment attachant et très apprécié des enseignants, des éducateurs et des autres élèves.
Faut le voir ce gamin, 13 ans, aussi épais qu’une branche de roseau, toujours droit comme un i et le doigt levé, plein d’espoir que c’est lui qu’on interrogera.
C’est un enfant, il a 13 ans et, dans mon école en tout cas, j’en suis responsable.

J’ai eu l’occasion de « chauffer » hier car nous rendions visite à des amis à Bruxelles mon mari et moi et trouvions idiot de revenir la voiture à moitié vide. J’ai d’abord cherché des hébergeurs qui reprenaient des habitués car je ne pensais pas rester jusqu’à l’heure du dispatching dans la capitale. Finalement, nous avons traîné un peu chez ces amis que nous voyons trop peu et avons fait le crochet jusqu’au parc pour y cueillir 3 personnes. J’appréhendais le parc, pas par peur, plutôt car je suis hyper-sensible. Mais bon, j’étais avec mon mari, hyper-sensible aussi, mais rassurant.

Alors voilà, j’arrive, je fonce sur les bénévoles (vestes blanches, j’ai bien appris ma leçon). Une jeune fille, bien tonique, bien au taquet, tout ce qu’il faut pour faire ce boulot de titan. Et autour d’elle…

Tout plein de petits D. … des petits mecs plein de dents, frigorifiés et qui se collent les uns contre les autres en vous regardant, mi-curieux, mi-demandeurs. On dirait presque que ce sont ses enfants, à cette bénévole (bien jeune elle aussi), on dirait que ceux-là restent avec elle jusqu’à ce que tout le monde soit casé et qu’ils repartiront tous ensemble après. Comme ces enfants de forains ou de maraîchers, qui sont de toutes les parties car les parents travaillent quand ce sont les congés. Qui sont une petite main parfois vaine face à la charge de travail qu’ont à assumer leurs aînés. Qui vous inondent de leur regard curieux, histoire que vous ne partiez pas avant que les parents n’aient eu le temps de vous servir à l’étal. C’est un spectacle à la fois adorable, d’un point de vue purement visuel et horrible parce qu’on sait… tout ce qu’on sait. Ils sont épais comme des branches de roseaux, droits comme des i et plein d’espoirs que c’est eux qu’on vient chercher.

Ce sont des enfants et, dans notre pays en tout cas, nous en sommes responsables.