Un matin porte d’Ulysse

Nuit noire, 6h27: tram7; 6h47: train pour Zaventem; 7h02: arrêt Bordet pour Soudan, Ethiopie, Erythrée… Arrivée Porte d’Ulysse. Zone de bureaux, navetteurs, joggeurs, trafic fébrile du matin. A l’intérieur, une veilleuse émerge de son sac de couchage, un veilleur propose un café. Nuit calme, 120 dormeurs dans les étages. Les « serveurs de la cité » débarquent pour préparer le petit déjeuner. Les réveilleurs arrivent au compte-goutte. Le relais se fait, en bonne logique: premiers arrivés, premiers réveillés, quatrième, troisième, deuxième, premier plateau. A huit heures, le feu vert est donné. A pas de chat, on va s’immiscer dans le sommeil de ces dizaines d’hommes et de gamins échoués là, pour les sortir doucement d’une nuit gagnée sur la peur et le froid. « Hello, bonjour, good morning… » Des visages émergent des couvertures, souriants ou perplexes, graves ou contrariés. Une main bien chaude attrape la nôtre, on se salue, on bavarde. D’autres cocos replongent au fond du lit. Dehors, il fait sombre et gris, quelles bonnes raisons de se lever?
On retrouve certains amis croisés au parc, au hub, à la maison, à la gare. On se donne des nouvelles. Les stores sont relevés et la lumière s’installe. La vie reprend tout le monde dans son courant: douche, déjeuner, clope, baby-foot, ping-pong, prière, selon les individus. Ils défont leur lit, les réveilleurs ramassent les draps, descendent d’étage en étage. Remontent voir les récalcitrants. A dix heures, un car ramène du monde en ville, les serveurs ne servent plus. Les habitués traînent un peu en tirant sur une cigarette, en tapant le ballon. D’autres repartent à pied vers leurs projets du jour. Les cuistots viennent remplacer les réveilleurs. Le soir, les chauffeurs amèneront de nouvelles dizaines de gars transis et fatigués. Qu’accueillera l’équipe du soir que relaieront les veilleurs. Et les cycles de la Porte d’Ulysse se poursuivront, jour après jour pour offrir une halte pleine d’humanité et de chaleur à tous ces hommes en chemin.