J’ai l’impression de sentir la matière de tous ces liens jusque-là virtuels, c’est comme me promener sur une toile d’araignée et m’émerveiller de tous ces fils qui mènent toujours vers un sourire,…

Un tsunami! Après 2 semaines de lectures assidues de tous les témoignages après un premier hébergement en début de semaine (hébergement d’une nuit, arrivée 23h15, départ 9h. Frustration de la rapidité et donc du peu d’échanges et pourtant, déjà, une émotion irrépressible à leur départ), premier accueil ce week-end. Ce week-end, c’est pour du vrai de vrai! Comme d’autres, j’ai préparé. Les courses sont faites : thé, sucre, ingrédients pour soutenir un siège (zut ! Oublié les sardines !), les draps lavés, relais trouvé. Et puis les imprévus, relais modifié, une autre annonce urgente, des contacts, ma merveilleuse voisine qui accepte d’en héberger 2, des rencontres,… J’ai l’impression de sentir la matière de tous ces liens jusque-là virtuels, c’est comme me promener sur une toile d’araignée et m’émerveiller de tous ces fils qui mènent toujours vers un sourire, un café, un thé. Et les invités… ! Vite le wifi, le thé, déjà que je n’ai pas de sardines ! Un peu timides, mais tellement gentils. Pas si simple d’établir le contact, prendre le temps, accepter les silences, la réserve… Aujourd’hui, on mange tous chez moi. Demain, c’est chez ma voisine. Et voilà la table habituellement trop grande qui devient trop petite. Encore un peu de silence (purée ! Mais tout le monde parle de grands éclats de rire ! Je dois avoir raté quelque chose ! Comment m’y prendre ? Niveau 1 de la démaîtrise encore raté !). On verra demain… demain qui commence après-midi bien sûr. Et petit à petit, le contact se crée, de nouveaux fils se construisent, cette toile d’araignée magique s’agrandit un peu plus. Je découvre la musique touareg, je montre mes photos du désert, A. me montre les photos de son désert. Les regards deviennent complices. Petit à petit, les histoires se dévoilent. « Pas de mari ? Non, pas de mari ». Les sujets deviennent plus graves, Dublin, Italie, empreintes, père tué, petite sœur tuée,… Les échanges messenger commencent entre nous, d’un côté à l’autre de la table, les rires se raffermissent, les cœurs s’ouvrent. O, lui, reste plus réservé mais c’est OK (niveau 1 de la démaîtrise, réussi ! Je passe au niveau 2). Et tout à coup, la gravité laisse la place à un gamin joyeux, détendu pour quelques heures. Malgré l’absence de solution, l’absence insupportable de solution ! « Je voudrais juste la paix » Ne pas pleurer, ne pas pleurer ! Je lui donne l’adresse du centre juridique. Il la prend mais je sens que c’est juste pour me faire plaisir. Chez ma voisine, c’est plus compliqué mais là aussi la solidarité permet de gérer (merci Clara !). Et puis le départ. Le seul chauffeur disponible part à 6 heures du matin. Insupportable de les imaginer dans le froid si tôt. «Mais, idiote, c’est leur quotidien », dit la petite voix intérieure; « Ben oui, mais c’est quand même insupportable », dit l’autre petite voix intérieure. C’est elle qui gagne, je les reconduirai moi-même plus tard dans la matinée. Et dans la voiture, de nouveau le silence, la gravité, la tristesse. Sans connaître Bruxelles, j’ai trouvé l’adresse du chauffoir de Schaerbeek (merci les FAQ !). « There or Parc ? -There is OK ». Peut-être juste pour me faire plaisir, je ne sais pas. Bien sûr je me perds en route, le trajet s’allonge mais c’est toujours ça de pris sur le froid. « Au revoir », « merci », on se salue ou on s’étreint selon les liens établis (mais que dire ? Prends soin de toi ? Ce serait idiot ! Alors juste « Good luck ». Et je rentre, épuisée, en plein tsunami émotionnel géré surtout grâce à tous vnos témoignages, vnos expériences partagées (c’est normal, d’après les rémoignages, les autres vnous aussi, c’est comme ça). Et le soir, le cœur qui réexplose, de joie. « Pas allé à chance. Déjà dans une famille ». Ouf… Gratitude infinie à cette famille inconnue, à ce fil de plus, invisible mais tellement solide. Ou fragile, je ne sais pas mais tellement important. Et ce matin, après une nuit plus reposante, juste le besoin de partager, d’exprimer, de me repositionner sur cette toile fabuleuse. Entre joie, tristesse, inquiétude, colère, révolte, comme vnous tous. Juste accepter toutes ces émotions, ne pas chercher à les gérer, juste les vivre. A côté de ce que vivent vnos invités, c’est tellement bénin, dit la petite voix. Et bien sûr, cette fois, elle a raison la petite voix. Alors les vivre vite pour pouvoir recommencer. Et dans ces émotions, une en particulier : l’admiration et la reconnaissance pour les anges blancs. Eux, ils y sont tous les jours sur cette toile qu’ils ont démarrée et qu’ils entretiennent ! Et merci à chaque vnous, intersections magiques qui la maintiennent.