Et en exprimant à voix haute ce que je ressentais, j’ai compris quelque chose de très important: j’étais complètement hors de ma zone de confort.

Après des mois de réflexions et d’hésitations, en rentrant d’une ballade avec des amies dimanche soir et sentant à quel point le froid me glaçait même bien emmitouflée, je me suis enfin dit que plus j’y réfléchis moins j’agis, alors je me suis enfin lancée. Spontanément, j’ai réservé une Cambio près de chez moi pour me rendre Parc Maximillien, passé 21h30, sans lire ni compléter le formulaire.
Sur place, les bénévoles m’ont briefée et rassurée par rapport à ma situation (je vis seule dans un petit appart et j’ai deux chats pas vraiment discrets). Ils m’ont présentée à trois chouettes garçons de 21-22 ans.
J’ai lu quelque part que cette expérience est comme un voyage découverte sur place. En effet, j’ai tellement appris en moins de 24 heures…
J’ai appris des choses sur le pays de mes invités, la situation sur place, la culture, la cuisine. Avant ce soir-là je ne connaissais même pas leur langue!
J’ai appris un peu sur eux, qui ils étaient, quels étaient leurs rêves, leur personnalité. L’un d’entre eux, très jovial et extraverti, m’a très vite surnommée Adou 🙂 et le surnom a accroché. Tous les trois alors m’appelaient Adou. C’était très mignon et touchant. Avec un autre, bien plus timide, j’ai pu établir un contact parce que tout comme moi, il avait des notions d’allemand. C’était tout à fait inattendu et fantastique de pouvoir communiquer avec lui dans cette langue que je n’ose normalement jamais employer! Quelque part ça nous a liés.
J’ai aussi appris sur moi-même. Un ami à qui j’ai raconté mon expérience a qualifié mon geste de généreux. Curieusement, quand il a prononcé ce mot, ça ne faisait pas du tout écho sur moi. Je ne le ressentais pas. J’y ai réfléchis là-dessus et suis arrivée à la conclusion que je me sentais simplement humaine. Humaine dans tous les sens du terme.
Humaine, bien sûr, pour l’empathie vis à vis d’autres humains, du fait de venir en aide à ce qui en ont besoin et partager avec eux un peu de ce que j’ai.
Humaine parce qu’en lisant plus tard que ce soir-là tout le monde était logé, j’ai eu cette sensation fantastique de faire partie de cette Humanité dans laquelle on peut encore croire.
Mais humaine aussi parce que je ressentais avant, pendant et après un tas d’émotions confuses et mitigées, parfois positives, parfois moins… J’ai lu avant de me lancer quelques témoignes super beaux et touchants, j’ai vu des photos mignonnes d’hôtes qui dessinent en famille avec leurs invités ou partagent une grosse casserole de pâtes. Ça me donnait cette image idéalisée de l’action d’héberger. Tout en ayant conscience que toutes ces belles choses ne vont pas sans son lot de difficultés, je ne m’attendais tout de même pas à me sentir si troublée. Je ne suis pas parvenue à dormir cette nuit-là, tellement tout cela me travaillait. Et je ne comprenais pas mon ressenti.
En effet, avec la satisfaction d’agir enfin en accord avec mes principes et mes pensées, et le bonheur des échanges agréables avec mes invités, sont venus aussi la crainte de l’inconnu, de faire quelque chose que je n’avais encore jamais fait, le malaise lorsqu’on ne se comprenait pas avec mes invités malgré les langues communes, la crainte que cela se passe mal, la confusion, les doutes et le questionnement (est-ce que j’ai vraiment bien fait de me lancer là-dedans?), la gêne de m’être pris à la dernière minute et ne pas avoir mieux organisé, du coup pas mieux à offrir non plus, la tristesse de penser qu’ils allaient devoir partir et retourner dans le froid dès le lendemain, l’inquiétude pour leur avenir, et… l’inconfort.
L’inconfort de me sentir vulnérable, de me retrouver seule chez moi avec trois garçons, trois inconnus, dont je ne savais absolument rien avant ce soir-là et même si maintenant je les connaissais un petit peu, il restait que pour moi ce n’était pas si évident de faire la conversation et surtout de partager mon espace (je suis quelqu’un qui a besoin d’espace et de temps pour moi-même).
Je me suis sentie coupable de me sentir ainsi. Mais lorsqu’on s’est quittés le lendemain soir, je me suis pourtant rendu compte que j’aurais sincèrement voulu qu’ils restent plus (j’avais proposé mais ils tenaient à aller gare du Nord cette nuit-là). J’ai beaucoup pleuré auprès d’une amie parce que justement j’étais très accablée par tous ses sentiments contradictoires. Et en exprimant à voix haute ce que je ressentais, j’ai compris quelque chose de très important: j’étais complètement hors de ma zone de confort. Et c’est ça le truc! Lorsqu’on sort de sa bulle, de son petit confort personnel, pour venir en aide à ceux qui en ont besoin ça n’a rien d’idéal, d’idyllique, de romantique. Il faut sortir de sa zone de confort, et non, ce n’est pas forcément agréable, ce n’est pas forcément que du bonheur. Certains vivent mieux que d’autres le fait de sortir de sa zone de confort. Mais peu importe comment on le vit, l’important c’est de faire sa part, chacun dans la mesure de ses moyens et possibilités, en ayant conscience que, tout en respectant ses propres limites et en étant à l’écoute de ses propres besoins, parfois il faudra parfois sacrifier un peu de son confort personnel. Ce n’est pas facile, mais ça en vaut la peine.