Grâce à eux, j’ai grandi

Ce soir j’ai le blues. J’ai déposé nos amis S. et A. À la gare du Nord.
Eux qui d’habitude rient et nous posent sans cesse des questions n’ont pas prononcé un mot sur le trajet. J’ai mis la musique à fond et j’ai commencé à chanter alors ils ont enfin souri et ils m’ont dit « sorry, scared Sarah ». Ils sont si jeunes, frêles, juste un sac à dos pour résumer toute une vie de voyage et de tourmentes. Et pourtant ils sont si grands : ils sont curieux de tout, ils nous font mourir de rire à essayer de prononcer des mots en français, ils veulent apprendre l’allemand, le français, l’anglais, et même le néerlandais et notent des listes de vocabulaire tous les soirs ! Ils ont le plus beau sourire du monde, ils s’émerveillent de tout.
Grâce à eux, j’ai grandi : en l’espace de 4 jours j’ai triplé mon vocabulaire en arabe, j’ai découvert l’histoire de l’Eryhtrée, sa culture, son écriture. Grâce à eux j’ai surtout enfin pû donner un visage à tous ces voyageurs anonymes. De quoi relativiser bien des choses et de quoi vouloir remuer ciel et terre pour les aider. Car ce sont devenus nos amis et nous leurs « sisters », et surtout car dans un monde un peu plus juste, deux jeunes comme eux et comme des tas d’autres ne devraient pas partir tous les soirs sous la pluie tenter l’inimaginable pour enfin vivre dignement.
Ils laissent un grand vide, et l’envie de vite vite les revoir…